Mukhtar Maï: symbole du combat des pakistanaises pour la dignité

Publié le par blog-scott-tf1

Entre deux manifestations de l'opposition à Islamabad et Lahore, nous avons pu nous rendre l'espace de 36h au fin fond du Pakistan, plus précisément dans le sud de la province du Pundjab, pas très loin des frontières du Balouchistan et du Sindh. Dans une région agricole recouverte de champs de cotton, où les traditions sont aussi anciennes que le niveau d'éducation est bas. Ici, ne cherchez pas de grands débats sur l'avenir politique du pays, entre démocrates et tenants de la junte militaire. Dans ce monde de paysans, les coutumes tribales sont les seules lois qui vaillent, et pour les femmes le port de la burka est souvent de rigueur, non pas tant par intégrisme religieux que par respect de règles primitives dont l'origine se perd dans une ignorance générale.

 C'est ici que nous avons rencontré Mukhtar Maï (ci-dessous en conversation avec moi), devenue ces dernières années l'égérie des femmes pakistanaises qui veulent s'affranchir des soumissions ancestrales. L'histoire de cette jeune illettrée remonte à 6 ans environ lorsqu'elle subit un viol collectif des plus atroces. Mukhtar, venue défendre l'honneur de son jeune frère injustement accusé d'avoir parlé à une fille par le clan voisin, s'était retrouvée jetée en pâture par la Loya Jiirga locale (l'assemblée communautaire) aux mâles de la famille outragée. Quatre hommes l'avaient alors violée au vu et su du village entier. Une seule alternative, selon la coutume, lui restait possible: se suicider pour laver le déshonneur, ou attendre le châtiment réservé au détour d'un chemin aux femmes adultérines (se laisser assassiner par une bonne âme moralisatrice). Car telle était et demeure, dans une grande majorité des cas, la conception masculine des choses au Pakistan: une femme violée est une femme qui mérite la mort.

 

 Or Mukhtar s'est insurgée, contre toute attente, contre l'ordre établi, contre le destin qui lui désignait le cimetière comme seul recours possible. Elle a porté plainte, et son affaire est allée jusqu'à la cour suprême d'Islamabad. Elle a eu gain de cause. Ses agresseurs ont été condamnés. Et même si ces derniers ont été ensuite acquittés en appel, le formidable élan de soutien dont elle a bénéficié alors dans le pays lui a permis de créer une école pour son village et un centre d'accueil pour les femmes violentées de son district. Elle qui est plus que jamais convaincue que c'est par une meilleure éducation des jeunes générations que les mentalités pourront évoluer, prévoit même très bientôt d'offrir aux habitants de sa communauté un collège secondaire.

 Peut-être l'histoire et le combat de Mukhtar Maï y ont-ils été pour quelque chose. Toujours est-il que la fameuse Loi de Hudood, qui définissait la notion de viol depuis que le Général Zia Ul-Haq l'avait instaurée au début des années 80, cette loi a été abrogée sous Musharaff. C'était il y a un an à peine, en novembre 2006. La règle stipulait que pour qu'une femme puisse déposer plainte pour viol, il lui fallait apporter à l'appui de ses dires le témoignage oculaire de quatre hommes adultes et bons musulmans. Ce qui évidemment ne risquait jamais d'arriver. Un petit pas législatif a donc été fait.

Ce sujet devrait très prochainement passer au JT du week-end.

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Margota 04/12/2007 13:15

Bonjour Michel Scott. Je vous regarde de l'ile de Hvar en Croatie. Je vous remercie de m'avoir fait connaitre Makhtar Mai et sa histoire. Vous fait de tres belles reportages. Je adore beaucoup votre choix et votre dedication.
Ce vous etes a ile de Hvar, vous etes invite. De mardi je fais de tres bon gateaux: Sacher torte (au chocolat), strudel, gateaux aux abricots et mandarins...
 
Bon chance et bon courage,
 
Margota, Ile de Hvar, Croatie